Everybody's Weird, le weblog

09 juin 2003

25.


(...)
Ivan : ...Je regardais cette fille, et je pensais que ça, elle en culotte, qui dansait, c'était l'image la plus exacte de l'Esprit Saint. Tu te souviens ? Les petites flammes de la Pentecôte. Après Pâques.
(Paul ne se souvient pas.) En mai, c'est la Pentecôte, tu ne te souviens de rien ! Le Christ s'en va, il monte au ciel, et au-dessus de la tête des Apôtres — ils sont à table — il y a des petites flammes qui dansent. Et c'est le troisième temps de Dieu, c'est l'absence de Dieu mais qui maintenant est une joie. Et j'aimais tellement voir cette flamme en elle...

26.



Paul : Eh bien revois-la. T'es pas obligé de te convertir pour autant. Tu revois cette fille et tu la sautes, et c'est vachement bien. Tu sautes la Pentecôte, c'est déjà pas mal !

Ivan : Ouais mais c'est pas tellement que... Je ne suis pas obligé de la revoir, cette fille non plus ! Je ne vais pas l'épouser parce qu'elle habite au-dessus de mon garagiste.

Paul : Eh bien, ne la revois pas.

Ivan : Moi, j'aime bien son humanité.

Paul : Quoi "son humanité" ?! Eh, c'est tout à ton honneur, mais moi j'appelle ça un derrière !

Ivan : Ça, c'est accessoire. C'est vrai que c'est son derrière — et le reste aussi — qui me donne accès à l'Incarnation. Mais, tu vois, quand le Christ s'en est allé, on est encore plus plein de sa présence par l'Esprit. Parce que la chair est rachetée. Alors : je pleure tout le temps mais je ne suis pas triste. Je me suis rendu compte que l'Esprit Saint, c'est ça qui donnait un sens à ma vie.

Paul : Ouais, t'étais content de coucher avec cette fille, quoi !

Ivan : Non pas seulement. Je me rends compte que c'est l'humanité que j'aime. Toi, tu es tout le temps amoureux, tu es laïc.

27.


[Entre Pascale.]

Pascale : T'es con ou quoi ? Ce con veut devenir prêtre.

Ivan : Ouais et alors ?

Pascale : Mais tu es taré ou quoi ?

Ivan : Quand j'étais communiste, déjà ça n'allait pas, alors ça ne va jamais ce que je fais ! Euh, je ne vais pas me justifier, de toute façon, ce n'est jamais bien.

[tiré de Comment je me suis disputé... (Ma vie sexuelle) d'Arnaud Desplechin, Arte Editions, coll. Scénars. Un petit hommage à Mathieu Amalric, aussi.]
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