Le chemin se construit en marchant

se hace camino al andar

Journal - Cambodge

29.11.02
Journal 2

Journal 2
[posté à 21:00]
30.11.02
Nuit
[posté à 04:30]
01.12.02
Journal 3

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[posté à 18:31]
05.12.02
Un journal satirique local pour expatriés a bien résumé la situation :
Are you Sure you Want to Drive in a country where Everybody believes in Reincarnation ?

[posté à 15:50]
06.12.02
Phnom Penh
Le petit hôtel où nous résidons est tout à fait charmant. Tous les clients du restaurant semblent être de maigres expatriés à l'accent helvète, au regard perdu, et aux cheveux rasés à divers degrés, un vrai film de Tarantino. Toujours est-il que j'aurai mangé les meilleures spaguettis bolognaises du monde ici même.
Sur la terrasse de chez Minne ("tante"), on laisse venir le soir, quelques moto-taxis passent dans la rue poussièreuse, évitant nids de poule et flaques, voilà l'état de la voirie lorsqu'aucun notable n'est riverain (et c'est la capitale, imaginez la province). Peu importe, les chrétiens de la maison d'en face ont accroché pour Noël un sapin lumineux qui clignote doucement dans la très relative fraicheur du soir. F. me parle de son premier voyage ici, en 1994, lorsque l'ONU dirigeait le pays et tentait de consolider une paix encore précaire. Minne n'avait pas encore l'eau courante, et sur la route de la plage, longue de 150km, ils se faisaient arrêter par des barrages d'anciens Khmers Rouges qui leur soutiraient 20 dollars – la plupart sont aujourd'hui de braves ex-soldats incultes et sans qualifications que les ONG tentent péniblement de sortir de la misère, tandis que leurs chefs, les vrais idéologues, se pavanent en ville en ricanant sur les tentatives peu convainquantes de la communauté internationale de mettre en place un procès du “génocide”. F. me parle de 1994, du couvre-feu : dès six heures, on entendait parfois quelques snipers s'amuser, et il n'y avait plus rien à faire que de boire des bières sur cette terrasse en regardant passer les chars, dans cette même rue. Comme quoi, les choses progressent malgré nos impressions d'occidentaux. La patience fait des miracles.
A la fin des années 70, Minne était une jeune fille comme toutes les autres, avec les mêmes rêves de beaux garçons attentionnés, camp de travail ou pas. Les Khmers Rouges, dans leur idéologie, leur tentative de pensée dépourvue de culture, voulaient remplacer la Famille (institution bourgeoise et contre-révolutionnaire, évidemment). Ils ont donc décidé du mariage de milliers de jeunes gens sans leur consentement, comme l'auraient fait des parents biologiques, et avec d'autant plus d'inflexibilité que l'avenir du Peuple était en jeu. Minne fut donc contrainte d'épouser Pou, si gros que des bien années plus tard les enfants arrêteraient leur chemin, incrédules, pour l'observer dévalant les rues sur sa Harley. Comme toute jeune fille de son âge, Minne se révoltait, mais auprès des Khmers Rouges, avec l'inconscience de la jeunesse, contre l'idée de s'unir à cet adipeux garçon à la voix de stentor. L'histoire ne dit pas comment elle céda, mais aujourd'hui Minne et Pou vivent toujours ensemble, heureux, leurs trois enfants sont au Canada, et lorsque les temps sont durs certains de leurs camarades qui n'ont pas cette chance viennent trouver dans la délicieuse cuisine de Minne et la générosité de Pou un soutien jamais refusé.
[posté à 16:52]

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